Association Nationale des Communistes

Forum Communiste pour favoriser le débat...

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Films |  Adhésion

Accueil > ANC en direct > Actualité Politique et Sociale > Salon de l’Agriculture : un miroir déformé du monde agricole français

Salon de l’Agriculture : un miroir déformé du monde agricole français

vendredi 23 février 2024 par Confédération Paysanne/Novethic

McDonald’s, Lactalis, Lidl, Banque populaire, Danone… Le Salon de l’agriculture ouvre ses portes le 24 février avec des stands représentants toute la filière agricole. Reste qu’il n’est qu’un miroir déformé du secteur français. Etant donné le poids politique de la FNSEA, principal syndicat agricole, en pleine crise, il faudrait que le périmètre de son stand aujourd’hui égal à celui des autres organisations soit multiplié par 10 pour saisir l’ampleur de son autorité.

Confédération Paysanne à l’Élysée : Le Président de la République s’engage à travailler sur notre revendication de prix planchers


Une délégation du Secrétariat national de la Confédération paysanne a été reçue ce mercredi 14 février 2024 en fin d’après-midi par le Président de la République Emmanuel Macron.

Seul syndicat agricole à avoir poursuivi les mobilisations suite aux annonces gouvernementales, nous avons exposé nos revendications socle pour répondre à la colère paysanne :

  • La garantie structurelle d’un revenu digne pour tous les paysans et paysannes. Cela passe par l’interdiction de l’achat de nos produits agricoles en dessous du prix de revient (= coût de production + rémunération de notre travail + notre protection sociale). Ce mécanisme de prix planchers a trouvé une écoute attentive de la part du Président de la République qui s’est engagé à y travailler.



  • La sortie des accords de libre-échange, que ce soit celui avec le Mercosur*, le Kenya, la Nouvelle-Zélande ou le Chili, et la remise en place d’outils de régulation des marchés agricoles à l’échelle nationale, européenne et internationale. Le cap libéral assumé par le gouvernement détruit l’emploi paysan et la vie de nos territoires ruraux. Nous dénonçons la rhétorique gouvernementale employée, évoquant une simple balance à faire entre gagnants et perdants du libre-échange. Nous avons pu défendre fermement l’importance de répondre au désarroi des éleveur·euses, apiculteurs·rices, maraîchers et arboriculteurs sacrifiés sur l’autel du libre-échange.



  • Des mécanismes de répartition équitable de la valeur dans les filières alimentaires : clauses de partage de la valeur, interdiction des surmarges sur les produits de qualité dont bio...



  • Des politiques publiques ambitieuses et effectives d’accompagnement des paysan.nes dans la transition agroécologique : mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) dotées budgétairement et accessibles partout en France, soutien à l’agriculture biologique, partage équitable de l’eau au sein du monde agricole, soutien aux alternatives aux pesticides comme les PNPP* (préparations naturelles peu préoccupantes). À l’opposé de la stratégie de recul sur le plan de la protection de la santé et de l’environnement consistant à accélérer dans le mur qui se dresse devant nous.



Sur l’accompagnement à la transition agroécologique, notre mobilisation, menée depuis plusieurs mois avec le Réseau Civam*, pour un budget MAEC à la hauteur porte ses fruits. Grâce à notre pression, l’État devrait bien honorer ses engagements envers tout·e paysan·ne ayant contractualisé une mesure agroenvironnementale et climatique. Nous avons plaidé avec force pour une ouverture des MAEC système partout sur le territoire afin que tout·e paysan·ne qui le souhaite puisse avoir accès à un accompagnement durable à la transition agroécologique.

Nous poursuivrons les actions pour défendre les paysannes et paysans, leur revenu, leur santé et leur autonomie.

Face au malaise profond dans nos campagnes, nous avons aussi insisté sur l’importance de revoir la gouvernance du monde agricole, en respectant totalement le pluralisme syndical et la représentation de tou·tes les paysan·nes à tous les échelons. Pour cela, nous revendiquons ainsi une proportionnelle intégrale pour les modalités de scrutin des élections professionnelles agricoles et pour les règles de répartition des financements des syndicats agricoles représentatifs.

Enfin, l’ensemble des agriculteurs et agricultrices sur le terrain sont en droit de connaître la teneur des débats et les mesures portées auprès du gouvernement. Nous exigeons du gouvernement l’ouverture et la transparence des discussions autour des mesures de réponse à la crise agricole, jusqu’ici exclusivement négociées en secret avec seulement une partie du monde agricole et non dans son ensemble.

Le salon de l’agriculture.

C’était en 1964. Les Parisiens, des “ruraux qui s’ignorent” ironisait un journaliste de l’époque, se ruaient au Salon international de l’agriculture (SIA) pour la première fois. Dans les allées, des hommes en bérets fumant la pipe, des dégustations de vin rouge, du foin et surtout, des concours de bêtes. 60 ans plus tard, le SIA, qui s’ouvrira samedi 24 février, a-t-il changé ?

Suivant l’évolution du monde agricole et de la société (les casquettes ont remplacé les bérets), le SIA a ouvert ses portes à la grande distribution, aux industriels, aux organismes scientifiques, aux syndicats… Signe d’une complexification de la filière agricole française.

Celles et ceux qui y ont mis les pieds ces dernières années ne seront pas surpris. Au-dessus des Aubrac, Limousines et Flamandes, les pavillons de McDonald’s et Lidl surplombent le dédale d’allées. Cela peut étonner les consommateurs mais McDonald’s est un gros débouché pour l’agriculture française avec 75% de ses matières premières agricoles produites dans l’Hexagone. Quant à Lidl, en pleine crise agricole, il a tiré son épingle du jeu dans le milieu de la grande distribution en proposant des contrats tripartites avec les agriculteurs permettant ainsi de leur donner de la visibilité.

Le poids de la FNSEA sous-représenté au salon de l’agriculture

Au détour d’une allée, les visiteurs découvriront aussi les pavillons d’Interbev, le représentant de la filière bovine, de la Banque populaire, de Danone, ou de GRDF. Mais ce qui pourrait réellement surprendre, dans le carré réservé aux syndicats, c’est l’emplacement de la FNSEA, cantonné à la même place que les autres organisations. Pourtant, étant donné le poids politique du principal syndicat agricole français, son stand devrait représenter une aile à part entière du salon de l’agriculture !
Les récentes annonces du gouvernement ne viennent que de le confirmer.

Mercredi 21 février, à trois jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le Premier ministre Gabriel Attal, qui tente d’apaiser la colère des agriculteurs, a annoncé une série de mesures répondant aux attentes de ce syndicat agricole. Présentation à l’été d’une nouvelle loi Egalim visant à assurer un revenu décent aux agriculteurs, facilitation de la venue des saisonniers étrangers dans les fermes françaises et… abandon de l’indicateur de mesure actuellement utilisé dans les plans Ecophyto.
Le gouvernement n’utilisera officiellement plus le Nodu, cet instrument de mesure défendu par les associations environnementales mais très décrié par la FNSEA.

Où sont les ONG environnementales ?

C’est une victoire de taille pour la FNSEA. A la place du Nodu, le choix du gouvernement s’est arrêté sur l’indicateur européen HRI-1. “L’indicateur HRI1 est un indicateur mixte censé refléter à la fois la baisse de l’utilisation et du risque des pesticides”, explique Générations futures. “Problème : les coefficients de dangerosité sont trop faibles et ne contre balancent pas les quantités plus importantes de pesticides moins dangereux utilisés dans les calculs”.

De nombreuses ONG environnementales dénoncent ainsi l’effet trompeur du HRI1. “Changer le thermomètre n’est pas la solution”, a dénoncé auprès de l’AFP Thomas Uthayakumar, directeur du plaidoyer de la Fondation pour la Nature et l’Homme. “Avec le HRI-1, on tombe sur une réduction de près de 33% des pesticides, tandis qu’avec le Nodu, on est sur une hausse de 3%, ce n’est pas du tout la même chose !”.

Le 12 février dernier, huit ONG ont refusé de siéger à la réunion du Comité opérationnel et de suivi (COS) du plan Ecophyto dénonçant une réunion « biaisée ». En pleine crise agricole, alors que la contestation des agriculteurs est venue de la base, sans concertation avec les syndicats, le lien entre les associations environnementales et le gouvernement semble rompu. A l’image d’un salon de l’agriculture qui a encore du mal à s’ouvrir à la société civile et aux associations environnementales.

Est-ce vraiment leur place ?
“Peut-être pas”, reconnait Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace, mais “il faudrait que la diversité du monde agricole soit représentée, que les autres syndicats soient davantage visibilisées”, dit-elle. Emmanuel Macron devrait en tout cas organiser un grand débat avec les agriculteurs au SIA. D’après Damien Greffin, vice-président de la FNSEA, cité par nos confrères, il s’agira d’un “échange avec un grand nombre d’agriculteurs, comme Emmanuel Macron l’avait fait dans le cadre des Gilets jaunes”.

Le chef de l’Etat y avait d’abord convié les Soulèvements de la terre, cette association écologiste anti méga-bassines que l’Exécutif voulait pourtant dissoudre il y a quelques mois. Une invitation qui a sonné comme un affront pour la FNSEA. Face à la pression exercée par le syndicat, l’Elysée a finalement retiré son invitation, tout en maintenant celle de Générations futures notamment. Or, à l’heure où nous écrivons ces mots, la FNSEA dit boycotter le grand débat, et Générations futures réfléchit encore à sa présence ou pas à l’évènement.

Ce n’est pas facile de satisfaire à la fois l’agrobusiness et permettre aux paysans de vivre de leur travail, comme ce n’est pas facile de dépenser des budgets pour la guerre et combattre l’inflation alimentaire ! (JP-ANC)


Voir en ligne : https://www.novethic.fr/environneme...

   

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?